Friedrich Hundertwasser

Architecte et peintre autrichien (1928-2000)
Les textes ci-dessous sont des traductions en français de pages extraites du site du Kunsthauswien, musée viennois consacré à Hundertwasser.
Ce site a une version française et une version anglaise mais malheureusement pas de version française.
Même si vous ne maîtrisez pas ces deux langues, je vous conseille quand-même d'aller visiter ce site trés agréablement réalisé. Ceci vous permettra d'appréhender toute la palette du talent de ce touche à tout qu'était Hundertwasser.


© Le Monde

On ne peut attribuer de défauts à la nature,
on ne peut attribuer de défauts qu'à l'homme.

Quand l'homme croit devoir corriger la nature, c'est à chaque fois une erreur irréparable. Une communauté ne devrait pas s'enorgueillir des innombrables façons dont on a détruit la nature mais cette communauté devrait s'enorgueillir bien plus de la manière dont elle a su protéger, autant que faire se peut, les paysages naturels. La rivière, le fleuve, le marais,, le paysage environnant doivent être protégés et sanctuarisés dans l'état résultant de la volonté divine.
La régularisation des rivières n'apporte que des méfaits qui s'avèrent coûteux : L'abaissement du lit des rivières, le recul des limites forestières de plus de 100 mètres, la déforestation de grandes surfaces ne permettent plus à l'eau de se régénérer quand elle dévale trop vite. La nature environnante ne peut plus alors remplir son rôle d'éponge : absorber le trop plein d'eau pour le restituer ensuite au moment utile lors des sécheresses tout comme une bonne Caisse d'Epargne. La rivière canalisée se jette dans le canal. Mort et disparition des poissons s'ensuivent car ceux-ci ne peuvent plus parcourir le canal régularisé. Des inondations aux conséquences catastrophiques sont la suite logique de cette régularisation car l'excès d'eau se déverse trop vite, arrive en grande quantité ne pouvant plus être ni absorbé ni retenu tant par la terre que la végétation. Seul une rivière haute et irrégulière aux berges boisées peut engendrer une eau saine, régulariser le débit de l'eau, et conserver les poissons et la faune sauvage nécessaires à l'homme et à son économie.
Maintenant que l'on reconnaît cette sagesse millénaire, il est presque trop tard pour reconstituer l'état irrégulier d'antan pour les fleuves embétonnés et rendus rectilignes. Quelle ironie ! Pourquoi régulariser ainsi les rivières quand on devra par la suite recréer à nouveau le désordre d'antan.

Hundertwasser 1990

La dictature des fenêtres et le droit des fenêtres

Les uns affirment que les maisons sont constituées de murs. Moi, je dis qu'elles sont constituées de fenêtres.
Quand, dans une rue des maisons variées sont les unes à côté des autres, avec différents types de fenêtres, voire même des races de fenêtres, par exemple une maison art nouveau avec des fenêtres art nouveau, tout contre une maison moderne avec des fenêtres rectangulaires sans ornements, tout contre une maison baroque avec des fenêtres baroques, personne n'a rien à redire.
Par contre, selon le code de règles dominant, on considère qu'il y a infraction à l'appartheid des fenêtres quand des races de fenêtres sont mêlées. On doit obéir à l'appartheid des races de fenêtres. Car la répétition de fenêtres toujours identiques les unes à côtés des autres et les unes au dessus des autres comme dans un système raciste, est un signe distinctif des camps de concentration. Dans les nouveaux bâtiments des villes périphériques et dans les nouveaux bâtiments officiels, les banques, les hopitaux, les écoles, le nivellement des fenêtres est insupportable.


© photo Le Monde
Résidence "Dans les prés" à Bad Soden dans le Taunus, 1990-1993

L'individu, l'homme unique et toujours différent, se bat contre cette dictature de l'uniformité de façon active ou passive selon sa nature : avec l'alcool ou la drogue, la fuite hors de la ville, la folie du maquillage, la dépendance à la télévision, des maux corporels inexpliqués, des allergies, des dépressions pouvant aller jusqu'au suicide ou alors par l'agression, le vandalisme ou les délits.
Un homme qui habite un immeuble de location doit avoir la possibilité de se pencher à la fenêtre et-aussi loin que le peuvent ses mains, nettoyer le mur. Et on doit lui permettre,avec un long pinceau-aussi loin qu'il peut atteindre, de peindre l'extérieur afin qu'on puisse voir de loin de la rue qu'ici, un homme vit et que celui-ci se distingue des autres hommes uniformisés, des autres habitants réduits en esclavage.

Hundertwasser 22 janvier 1990
P.K. pour la traduction française

La troisième peau

Discours d'Hundertwasser sur la troisième peau, la peau extérieure au KunsHausWien

L'homme est entouré de trois couches, la peau, les habits et les murs des bâtiments. Les habits et le murs des bâtiments ont connu un grand développement au cours ces derniers temps, développement qui ne correspond plus uniquement aux besoins naturels.
Les fenêtres sont un pont entre l'intérieur et l'extérieur. La troisième peau est percée de fenêtres comme la peau est trouée de pores.
Les fenêtres sont un équivalent des yeux (...)
La façade n'est pas parfaitement unie et plate mais bosselée et parcourue de mosaïques irrégulières. Le motif de damier noir et blanc irrégulier signale la rupture avec le système des races.
Nous avons besoin impérativement de contraintes de beauté. Ces contraintes de beauté consistent dans des irrégularités non réglementaires.
On ne peut créer soi-même le paradis qu'avec sa propre créativité en harmonie avec la libre créativité de la nature.