La lettre de Droit d'Vélo juillet-août 2005

 

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EDITORIAL

Les conséquences du réchauffement climatique sont de plus en plus finement connues. D'ores et déjà, des simulations existent concernant le climat de la France au cours du XXI°s qui donnent des sueurs froides.
L'été 2005 donne un avant-goût du futur avec sa sécheresse préoccupante sur la moitié de la France et son orage méditerranéen qui s'est abattu sur le Nord de la France dans la nuit du 3 au 4 juillet 2005.
Mais quand les media interrogent les scientifiques, ceux-ci ne se répartissent pas de leur prudence proverbiale, précisant qu'ils ne peuvent attribuer ces phénomènes au réchauffement climatique tout en rajoutant, dans le meilleur des cas, qu'à l'avenir, ces phénomènes extrêmes devraient se multiplier avec le réchauffement climatique.
Or, le réchauffement climatique est une bombe à retardement qu'aucun expert ne pourra désamorcer car l'inertie du climat n'a d'égale que celle de la plupart de nos hommes politiques. le problème actuel n'est plus d'enrayer le réchauffement climatique inéluctable mais d'ne limiter l'ampleur.
Quand les villes de Douai ou Rieulay offrent des baptêmes de l'air en hélicoptère, quand le maire de Douai se balade en coucou avec des enfants des centres aérés (*), on valorise toujours la gabegie énergétique. Quand les panneaux posés par la ville de Douai contiennent pour toute publicité la création de places de stationnement voiture, cela contribue à asséner le lieu commun de la voiture incontournable en centre-ville.
En France, la politique en faveur du vélo se limite encore trop souvent à des coups médiatiques mais sans grande cohérence comme si celle-ci ne constituait qu'un supplément d'âme ou un atout touristique.
On ne s'étonne pas que, dans ces conditions, le vélo ne retrouve des couleurs que pour les loisirs. En 2004, pour la première fois depuis plus de 10 ans, le nombre de vélos vendus en France a dépassé les trois millions d'exemplaires mais les VTC et vélos de ville n'y représentent que moins de 20% du total.
Le rôle des associations adhérentes à la FUBicy n'est pas négligeable quand elles sont dynamiques et qu'une certaine collaboration existe avec les municipalités. Mais l'idéal réside encore dans l'intériorisation des politiques cyclables par les municipalités qui ne se contentent pas alors de distribuer quelques subventions chichement comptées mais y mettent le paquet. Le résultat est alors souvent au rendez-vous.

Semaine de la mobilité du 16 au 22 septembre 2005

La journée "en ville sans ma voiture", probablement politiquement incorrecte, cède la place à la "semaine de la mobilité" avec, pour slogan "Bougez autrement". Lors de cette semaine, la FUBicy propose comme action minimale un geste qui a l'avantage d'être à la fois individuel et collectif. Au cours de cette semaine, vous êtes invités à afficher le "flyer" ayant pour slogan "Aujourd'hui, je choisis le vélo" sur votre vélo, celui de vos ami(e)s et sur les vélos que vous pouvez rencontrer. La couleur jaune a été choisie pour sa visibilité. Mais ce peut être un ruban, une écharpe, une guirlande, une fleur, etc.

Pétition sur le tramway

Nous avons déjà maintes fois évoqué la prise en considération insuffisante du vélo dans le tracé du tramway du Douaisis : absence d'aménagements cyclables sur une partie de la RN45 et aux entrées de Douai (Pont de Lille et Pont de Valenciennes). L'argument du coût de tels aménagements est plus que discutable puisqu'entre l'avant-projet de septembre 2004 et le projet de juin 2005, le coût est passé de 87 M€ à 117 M€, soit une augmentation de plus d'un tiers. La réalisation d'aménagements en faveur du vélo est donc avant tout une question politique plus qu'une question financière.
DDV a lancé une pétition à ce sujet qui, faute de mobilisation, a recueilli moins de 40 signatures. Si nous voulons pouvoir faire évoluer la situation, un minimum de 400 signatures s'impose, ce qui équivaut à la signature des adhérents et à cetlle de 4 à 8 sympathisants de la cause du vélo dans leur entourage. Cet objectif est donc jouable.
Nous vous envoyons cette pétition et et nous vous proposons de nous la renvoyer avant le samedi 24 septembre 2005 à :
Droit d'Vélo, 76, rue Hyacinthe Corne, 59500 Douai

Pierre KOKOSZYNSKI

* : Un article de A.-C. PANNIER paru dans le quotidien "LA VOIX DU NORD" du 28 juillet 2005 nous apprend que les baptêmes de l'air en avion piloté par Monsieur Jacques VERNIER, maire de Douai et qui constituent un coup de publicité pour le maire de cette ville, sont financés par la Municipalité de Douai. L'opération est répétée trois fois par an, en juin, en juillet et en août à raison de 500 € par journée de vol.

VELORUTION : le grand soir n'est pas pour demain

Histoires de cyclistes garantis non-OGM et non dopés

A l'initiative du collectif lillois de Vélorution, une invitation était lancée à se rendre, en partant de Lille, à la soirée anti-OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) qui avait lieu à Rieulay. Un communiqué fut envoyé à LA VOIX DU NORD qui titra facétieusement : "les anti-OGM" à Orchies, ce qui mit en émoi les Renseignements Généraux.
Nous partîmes 5, et, par un prompt renfort, nous arrivâmes ..5 à Rieulay (Cécile, Claire, Jérôme, Martin et Pierre) après avoir parcouru 50 km en 5 heures. Le projet était ambitieux : des points de rencontre avaient été fixés à Cysoing puis Orchies où la petite troupe aurait du s'étoffer. Mais, avec un handicap de 30 minutes dès le départ pour cause de retard d'un membre de la troupe, ces différents lieux de rendez-vous furent atteints avec plus d'une heure de retard.

Bref aperçu sur la troupe de zazous

  • un routard A rôdé, le Marx de la Vélorution, habitué des équipées à vélo à travers la France et ayant l'équipement ad-hoc : sacoches Ortlieb imperméables et de grande contenance, remorque s'attachant sur le moyeu arrière et surtout, ce qui nous sauva, une trousse d'urgence. Heureusement car, lors du périple, la chaîne d'un vélo usée jusqu'à la corde se cassa (ce qui s'était déjà produit récemment !). C'est grâce à la compétence du vieux briscard que le groupe arriva au complet à Rieulay.
  • Un vieil habitué B de ce type de parcours de moyenne distance mais venu les mains dans les poches
  • Un jeune C au VTT pourri
  • Une jeune fille qui venait de se faire piquer son vélo dans son immeuble et avait emprunté, pour l'occasion, le vélo d'un ami. Mais, intellectuelle typique, celle-ci préfère l'idée du vélo à l'engin lui-même. En voulant regonfler la chambre à air du vélo, elle utilisa le pas de vis de la pompe sans utiliser le raccord et extirpa alors la valve de la chambre à air. Mais notre chirurgien était là et répara l'incident..
  • Une toute fraîche adepte du vélo qui venait d'acheter un vélo hollandais, un vélo sans vitesse avec, pour seul système de freinage, un rétropédalage. Celui-ci fut acheté 80 € à la Brocante à vélo de l'ADaV (Association Droit au Vélo de Lille), ce qui nous semble excessif étant donné le type de vélo. Nul n'échappe aux modes. Les nouveaux convertis au vélo urbain considèrent souvent le vélo hollandais basique comme la référence incontournable. Mais ceci suppose de ne pas envisager d'emprunter des chemins de traverse ou de se lancer dans un long parcours. Les hollandais, avec leur tradition commerciale millénaire, ont d'ailleurs tout de suite compris le parti qu'ils pouvaient tirer de cet engouement puisque ce biclou avait été acheté à une hollandaise venue à Lille avec pas moins de 80 vélos !

LA VOIX DU NORD
DU VENDREDI 17 JUIN 2005

Ils se rendent à un pique-nique solidaire à la base de Rieulay

Les anti-OGM passent par Orchies

Dans le cadre de la journée nationale contre les OGM (organisme génétiquement modifié) du 18 juin 2005, le comité de soutien aux Onze d'Avelin et le collectif lillois Vélorution proposent de participer en famille au pique-nique solidaire des anti-OGM : « Amenez votre nappe à carreaux et votre repas et profitez de ce moment de convivialité pour marquer votre solidarité ! »
Le rendez-vous est fixé à la base de loisirs de Rieulay, près de Marchiennes, à partir de 19 h 30 ce samedi 18 juin. Quelques animations sont prévues : démonstrations de percussions sénégalaises ; interventions de la troupe Les tambours battants ; participation d'un cracheur de feu ; embrasement final des lettres O, G et M.
À l'initiative du collectif Vélorution, il est proposé aux volontaires de se rendre sur place en pédalant ! Un départ sera donné à 15 h 30 de Lille, devant la Maison de la nature et de l'environnement (MNE, 23, rue Gosselet).

Pause à Orchies

Pour les habitants de la Pévèle qui souhaitent se joindre à l'opération, une étape aura lieu à Cysoing à 16 h 30. Le rendez-vous est fixé sur la place de la mairie.
L'étape suivante est fixée à Orchies à 17 h 30, là aussi sur la place de la Mairie : « Il se peut que pour chacun de ces rendez-vous il y ait un peu de retard, précisent les organisateurs, mais il faut prendre patience. Ces horaires nous permettront d'arriver un peu en avance pour préparer la fête, et ainsi mieux la vivre. »
Comme il n'est pas question de revenir de nuit, les participants doivent prévoir un duvet. Le retour est prévu le dimanche matin, avec proposition de faire une halte à Villeneuve d'Ascq, au parc archéologique Asnapio. Là, aura lieu le « supermarché de nos ancêtres » : « On ne devrait pas y trouver trop d'OGM » espère le comité.

 

Le parcours

La première étape consista à aller de Lille à Gruson par une voie rapide (D 941) sans aménagements cyclables, seul itinéraire possible selon notre guide. Une première dissension idéologique apparut dans le groupe : les vélorutionnaires anarchiques estimant que les feux rouges ne les concernaient pas et les petit-bourgeois corrompus par la civilisation automobile ou tout simplement soucieux de préserver leur vie, s'arrêtant aux dits feux.
Quelque objets furent également perdus en cours de route, ce qui donna lieu à des arrêts inopinés : un tong, une bouteille d'eau coincée dans le matelas de survie, etc. La description de ce périple serait incomplète si l'on ne mentionnait pas que l'un des membres roulait souvent à l'extrême gauche de la chaussée et, qu'en cas d'erreur de parcours, les demi-tours se firent sans s'occuper de l'éventuelle présence d'automobilistes. Précisons, pour justifier l'existence d'un Dieu pour les cyclistes, qu'à l'heure où nous roulions, la lumière était rasante et que les automobilistes étaient éblouis.

Enfin cette chronique eut été inachevée s'il n'y avait eu une altercation avec un automobiliste. Les cyclistes créent en effet partout sur leur passage, des sas vélo y compris là où ils n'existent pas. En voulant se rabattre sur la droite, notre compère faillit se faire écrabouiller sa remorque par un automobiliste impatient.

En guise de moralité, laissons la parole à l'un des membres du groupe : "mais si nous, cyclistes, devenons plus nombreux, nous allons devoir nous discipliner"

En guise de conclusion, une éducation au vélo s'impose tant au niveau de la conduite que de de l'entretien élémentaire et de la lutte contre le vol. Le vélo revient en grâce auprès d'une certaine jeunesse qui n'a connu que le tout voiture. Fait révélateur, à Gruson, l'un des villages les plus huppés, nous avons rencontré une famille qui possédait un parc automobile comptant pas moins de cinq voitures ! Mais, après cette initiation au vélo plus que sommaire en primaire, le vélo tombe en désuétude dans la suite de la scolarité.
En guise de deuxième conclusion, ce parcours nous a permis de découvrir tout au long du trajet, la rurbanisation galopante dont les causes sont diverses : flambée des prix de l'immobilier, désir de nature, individualisme forcené qui considère tout voisin comme nuisible, bruyant et gênant. Au vu de cette aberration économique et écologique, la croisade en faveur du vélo apparaît Don-Quichotesque. Avec un tel mitage du territoire, la complémentarité train+ vélo est inenvisageable, les transports en commun exigeant un minimum de densité urbaine.

P.K.

Jeu-concours : le premier adhérent qui mettra la bonne lettre à chacun des participants de cette randonnée, gagnera une pince à vélo réfléchissante de la FUBicy. En cas d'ex aequo, un tirage au sort départagera les vainqueurs

Lecture : le vélo en Chine

La Chine, avec 20% de la population planétaire fait l'objet de toutes les attentions et de tous les phantasmes. Eric MEYER est le correspondant de Radio France en Asie. Son dernier livre, "l'Empire en danseuse", apporte, au travers du prisme du vélo, un éclairage sur cet empire en mutation.
Le livre comprend deux parties, une partie documentaire de 100 pages sur les différentes facettes du vélo (histoire, production, pratique, sport, vélorution, etc.) et une deuxième partie composée de 36 saynètes de 5 pages en moyenne, transcription moderne d'un recueil de stratégies militaires, les San sanshiliu ji. Ces nouvelles picaresques et pleines d'exotisme sont l'occasion d'illustrer de façon jubilatoire et avec truculence, les différents milieux sociaux de la Chine, la résistance du faible (à vélo) au fort (en auto) ou au pouvoir, ces stratégies pouvant être individuelles ou collectives.
Le livre est sympathique et plaisant à lire. Comme l'indique sa date de parution, il se prête idéalement à une lecture de vacances. L'écriture vive et alerte permet, en un nombre réduit de pages, d'entrapercevoir la société chinoise, sa culture traditionnelle mais aussi son devenir. La Chine se caractérise en effet par un pouvoir autoritaire et centralisé aux changements de politique brutaux. La marche forcée vers le capitalisme s'accompagne d'un développement insoutenable tant au niveau écologique qu'au niveau humain. La société chinoise est au bord de l'implosion avec des clivages grandissants tant entre la ville et la campagne, qu'entre la masse de la population et les nouveaux capitalistes bien souvent issus du giron du Parti Communiste.

Le vélo comme révélateur social

La place du vélo est, à cet égard, emblématique de la mutation du pays. Dans les années 1950, le pouvoir maoïste décide de développer le vélo. Mao lance le slogan des 4 obligatoires : "tout foyer doit posséder une montre, une radio, une machine à coudre et un vélo". Les villes sont priées d'intégrer de larges pistes cyclables sur les nouvelles artères. A la fin des années 1980, la Chine compte 300 millions de bicyclettes pour une population d'un milliard d'habitants. Dans les années 1990, la Chine se convertit au capitalisme, un capitalisme encore largement étatique marqué par une gaspillage énergétique d'autant plus polluant que le charbon est largement employé. Outre le dumping social, le capitalisme étatique pratique aussi le dumping économique. Ainsi la Chine est devenue depuis 1993 le premier exportateur de vélos. En 2003, elle a exporté 45 millions de vélo, inondant le marché mondial de VTT de mauvaise qualité aux prix cassés (10 à 12 $ au salon de Shangaï sans compter les ristournes qui peuvent aller jusqu'à 50%).
La voiture a maintenant la faveur des dirigeants. La plupart des grandes villes interdisent certaines avenues aux cyclistes. Cependant le vélo fait de la résistance. La Chine compterait encore entre 1 vélo pour 4 habitants (300 millions de bicyclettes) et un vélo pour trois habitants (400 millions de bicyclettes). Contrairement à la France (1 vélo pour 2 habitants) où le vélo se cantonne largement au loisir, le vélo en Chine est encore largement utilisé de façon utilitaire. 28% des pékinois se rendent encore à leur travail à vélo alors qu'ils étaient 60% en 1993. Selon une enquête effectuée par la cinquantaine de supermarchés Carrefour, un quart seulement de leurs clients utilisent leur voiture et 15% de leurs clients viennent au magasin à vélo.
A la lecture du livre, on est frappé par la problématique de la mobilité qui rappelle furieusement, toutes proportions gardées, celle de la France.


Un premier regret, le prix du livre s'élevant à 18,90 €. A ce prix là, on aurait aimé une analyse un peu plus approfondie et des nouvelles un peu plus fouillées.
Un deuxième regret, l'absence de photos dans le livre. Cette absence peut être comblée en regardant le reportage de Julien Allaire, chercheur doctorant au LEPII (1), qui a pris le pseudonyme de Zhu Li An sur le vélo à Shangaï. Ce reportage figure sur le site de l'association grenobloise "Un p'tit vélo dans la tête". Ce reportage est un complément indispensable du livre d'Eric Meyer. Cette enquête est agrémentée de nombreuses photos dont celle qui illustre cet article (l'auteur Zhu Li An nous a aimablement accordé l'autorisation d'illustrer notre article avec cette photo). Vous y découvrirez les marques mythiques de vélos chinois (forever, pigeon vole, etc.). Le vélo est également l'instrument de travail de nombreux petits métiers créant une atmosphère digne de la chanson "les petits métiers" interprétée par Juliette.


© Photo Zhu Li An
P.K.

1 : LEPII : Laboratoire d'Economie de la Production et de l'Intégration Internationale. Julien Allaire travaille dans le groupe énergie&environnement.

Extrait de "l'Empire en danseuse"

Stratagème n° 23
Yuan jiao jin gong
Prendre un allié lointain contre l'ennemi voisin

Ils habitent Shenyang, au bord du boulevard périphérique flambant neuf. Yang Haiwen et Yang Haiye, l'oncle et le neveu. Encore deux ans plus tôt, leurs HLM n'étaient séparées que par trois cents mètres de mauvais terrain vague maculé d'ordures diverses. À présent l'autoroute de ceinture qui vient d'être déroulée autour de la cité nordique pose des problèmes insurmontables aux niasses semi-prolétaires qui végètent en cette banlieue oubliée des dieux. Sur ce périphérique se branchent tous les flux automobiles du Nord-Est chinois, cent soixante millions d'âmes en transit. Bois de charpente de Suifenhe et de Jiamusi, charbon et blé du Heilongjiang, poisson congelé de Dalian, engrais de Russie, turbines hydroélectriques et pièces aérospatiales de Harbin, toutes ces marchandises en route vers Pékin girent par cet anneau de vingt-cinq kilomètres de diamètre, frayant leur passage à travers le béton calamiteux de cette faune en perdition.
Faut-il le préciser? Les crédits de construction ont été flambés (ou détournés) en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et pour les passerelles et tunnels qui permettent aux habitants de traverser l'axe, il faudra attendre le prochain plan quinquennal !
Or, un hasard facétieux, un rien malveillant, a placé l'école de Haiye au sud du boulevard, et l'hôpital, où Haiwen est comptable, au nord. Et par comble de ridicule, chacun s'est retrouvé, pour son travail, sur le bord opposé de son logement !
Heureusement dans leur misère, l'oncle et le neveu ont quelques chances. D'abord, les fonds ont également manqué pour financer les grillages qui barrent aux piétons l'accès au périphérique. Ensuite, l'homme et l'adolescent tiennent de famille une capacité de résistance opiniâtre, tranchant sur le commun des mortels. Aussi, pour régler leur problème de communication, ont-ils mis au point une méthode admirée dans toute la ville. Jamais on ne les dénonce, jamais un article ne vend la mèche par un scoop qui contraindrait l'autorité à réagir !
Chaque matin à bicyclette, à huit heures, Haiye et Haiwen se postent de part et d'autre de l'artère. À leurs côtés, sont en faction leurs nombreux supporters. Chacun fait le vide en lui, avant la bataille. Voici que de l'est, du côté de Haiye se présente un camion poussif, ralenti par sa charge de poutrelles d'acier profilé : instantanément, le plan entre en action ! Sur son portable, le neveu appelle le numéro présélectionné de l'oncle, puis raccroche après une sonnerie et range l'appareil dans sa poche, avant d'enjamber le rail de sécurité, son vélo à bout de bras, et de traverser les trois files du périphérique, suivi de sa centaine de soldats, la moitié à vélo, l'autre à pied, y compris les ménagères avec cabas et poussettes. C'est la percée de la matinée, il n'y en aura pas d'autre - tous connaissent le rendez-vous. Choqué, stupéfait, le poids lourd a dû rétrograder, tout comme une Santana à grande vitesse, que personne n'avait vue et qui évite le carnage de justesse. Le résultat est acquis : sur ce sens du périphérique, le trafic est interrompu, le bouchon se forme.
Toute une foule se jette hors des tours de béton pour profiter de la première des chances du jour. Mû par des vestiges de discipline socialiste, un service d'ordre se plante au milieu du boulevard pour protéger le flux.
Parvenu à la bande centrale, Haiye et ses troupes devraient affronter le torrent motorisé du contresens. C'est au contraire un trafic maté auquel ils ont affaire, résigné et qui ne proteste plus que par une poignée d'avertisseurs. En effet, quand il a reçu son signal, l'oncle Haiwen n'a pas perdu une seconde pour démarrer à son tour, assisté de ses compagnons. Les conditions de traversées sont beaucoup moins propices, suicidaires même, mais le fait d'avancer de concert les protège, poussant ensemble à chaque foulée le cri de guerre des soldats passés à la postérité sous leur forme de terre cuite. Constatant avec effroi ce mur de pieds et de roues qui l'agrippe par le flanc, la file extérieure s'est rabattue vers le centre, freinant sous la surprise : plusieurs poids lourds se sont éraflés les flancs, sans autre dégâts que de tôle. Puis le trafic a été coupé.
Depuis que cette technique est apparue à Shenyang, ce microclimat de mobilisation se poursuit, succédant avec bonheur à des décennies d'apathie. À la cantonade, les riverains se sont donné le mot du passage matinal, comme celui du rendez-vous vespéral, car l'oncle et le neveu sont de nouveau d'activé à dix-sept heures trente précises, pour rentrer chez eux et opérer ce transfert de population d'un bord du périph vers l'autre.
Seule faille dans l'ingénieux système : le week-end, car dès le samedi, l'école comme le secrétariat de l'hôpital sont au vert. Mais alors ce sont les bouchons de fin de semaine qui prennent le relais, ouvrant un passage fréquent aux vélos et marcheurs.
C'est ainsi que chaque dimanche, lors du festin dominical chez les parents Yang, Haiwen et Haiye boivent des bières, commentent les succès et risques pris durant la semaine, et trinquent à leur système réinventé, « alliés lointains contre l'ennemi voisin » !

Eric MEYER "L'Empire en danseuse" ou L'univers du vélo chinois, Editions du ROCHER mai 2005

 

Et pour le plaisir, une photo romantique extraite du mensuel Photo n°255 de décembre 1988 d'un photographe chinois, Zhang Haï Er, appartenant à l'agence VU, prise à Canton en 1988

Zhang Haï Er


© Zhang Haï Er

 

PETITS METIERS

Ils arpentaient les rues et campaient sur les places
Chargés d'objets obscurs, de graines ou bien de vent
Proposant tout ou rien et de bien peu vivant
Leurs grands cris appâtant la vaine populace
Ah, combien je regrette leurs voix et leurs musiques
Leurs mains escamotant les piécettes d'argent
Pour service rendu à quelque bonne gens
Et leur air de se foutre de la chose publique
Que sont donc devenus
La remailleuse de bas
Le crieur de journaux
Et la loueuse de chaises?
Où donc se sont perdus
La cardeuse de matelas
L'aiguiseur de couteaux
Et le sucreur de fraises?
Qui donc les a revus
Le vendeur de mouron
La porteuse de pain
Et le montreur de vues?
Ils ont bien disparu
Le grilleur de marrons
L'écorcheur de lapins
Et le chanteur des rues
On n'achetait pas que terrestres nourritures
Autrefois dans nos rues, on y trouvait aussi
Des colporteurs d'histoires et des marchands d'oublié
Et il y avait du rêve plein les petites voitures
Que sont donc devenus
La faiseuse d'embarras
L'accordeur de violons
Et la teneuse de jambe?
Qui donc les a revus
La liseuse de draps
L'ensommeilleur de plomb

Et le violeur de gambe?
Où donc se sont perdus
L'écriveur de tartines
L'avorteuse de choux
Et le fouteur de guignon?
Ils ont bien disparu
Le lécheur de vitrines
La bourreuse de mou
Et l'encaisseur de gnons
Certains étaient tenus à l'écart de la foule
Exerçant un négoce un peu plus inquiétant
Facteurs de basses oeuvres ou vendeurs d'orviétai
Artisans du frisson, experts en chair-de-poule
Que sont donc devenus
La toucheuse de boeufs
L'enjoliveur d'obus
Et le pinceur de louches?
Où donc se sont perdus
Le dénoueur de noeuds
La torcheuse de culs
Et l'enculeur de mouches?
Qui donc les a revus
Le dépendeur d'andouilles
La mangeuse de santé
Et l'étouffeur de vents?
Ils ont bien disparu
La gonfleuse de couilles
Le démorveur de nez
Et l'étrilleuse de glands
La tripoteuse d'acné
Le faiseur de mauvais sang
La fileuse de diarrhée
Et l'équarrisseur d'enfants

© Paroles : Pierre Philippe
Chanson interprétée par Juliette
Noureddine in l'album "Irrésistible"

 

Un p'tit vélo dans la tête

Cette association grenobloise est née en 1994 avec, pour objectif initial, la création d'un atelier d'entretien et de réparation de bicyclettes.

Vélo-Parc

En 1999, elle se voit confier par la ville de Grenoble la gestion du Vélo-Parc de la Gare. Selon l'association, le projet initial de la ville de Grenoble s'avère vite étriqué et sous- dimensionné tant pour le nombre de vélos loués (20) que pour l'espace dédié au gardiennage (50). Ce n'est qu'en 2003 que le local est enfin agrandi et peut accueillir 260 vélos en consigne (mais ce nombre de places s'avère encore insuffisant) et 140 vélos de location.
Quelques remarques intéressantes :

  • Apparemment, les vélos de location sont des vélos qui souffrent. Aussi l'association a-t-elle décidé rapidement de renouveler les bicyclettes tous les 18 mois.
  • Le Vélo-Parc de la Gare offrait une prestation entretien avec deux forfaits (sécurité et complet) initialement destiné aux cyclistes ayant un contrat de consigne annuel. Cette prestation a ensuite été étendue à tous les usagers de la bicyclette. L'association offrait aussi bien évidemment une prestation "crevaison".

En 2003, la Métro (Communauté d'Agglomérations de Grenoble) décide d'étendre la location de vélos à trois pôles. Elle lance alors un appel d'offres auquel concourt "Un p'tit vélo dans la tête". C'est finalement la SEMITAG (Société d'économie Mixte des Transports de l'Agglomération Grenobloise) qui est retenue pour ce projet par la Métro.
Moralité : les associatifs seraient-ils de mauvais gestionnaires doublés de mauvais commerciaux ? On dira plutôt que les associatifs sont des porteurs de projets paraissant souvent utopiques. Une fois le terrain défriché, les plâtres essuyés, les projets sont alors récupérés par le système.

Autres actions

Mais l'action de l'association "Un p'tit vélo dans la tête ne s'arrête pas là".

  • Elle a ouvert un Pôle d'Information sur les Eco-Déplacements.
  • Elle assure une promotion festive du vélo au travers de véloparades, de balades nocturnes (les balades nocturnes ont elles aussi été adoptées par la Métro !) et d'une opération "Mets de l'huile" offrant aux usagers d'huiler la chaîne et le dérailleur de leur vélo.
  • Elle confronte les différentes expériences de vélo urbain (voir reportage sur la Chine).
  • Enfin, une association de cyclistes ne saurait se respecter si elle ne menait des opérations d'éclat. "Un p'tit vélo dans la tête" a ainsi effectué des opérations "coup de poing" consistant à barbouiller les vitres des voitures stationnées ou arrêtées sur des aménagements cyclables ou sur des passages piétons. Le MDB (Mouvement de Défense de la Bicyclette) parisien a effectué une opération du même type le 11 septembre 2004 consistant à "emballer" les voitures méprisant cyclistes et piétons. Même si ce type d'action est réalisé avec humour, on peut regretter l'absence de sanction, de la part de la Police Nationale, de ce type d'infraction au Code de la Route dont l'origine a au moins deux raisons : d'une part, une complaisance envers les automobilistes et d'autre part le montant ridicule de ce type d'infraction.

Poésie sonore : faites un tour sur la page "Goodies" de l'association. Vous aurez le plaisir d'y écouter et de télécharger gratuitement, si l'envie vous en prend, différents timbres de sonnettes, histoire de rester zen !

Futur climat de la France

Le CNRS a entre autres réalisé des simulations du climat au cours de ce siècle décrites brièvement ci-dessous.
Des hivers de plus en plus pluvieux sur une majeure partie de la France avec deux exceptions, la Corse et les Pyrénées Orientales qui connaîtrons des hivers encore plus secs. Des températures minimales hivernales supérieures d'au moins 2° sur toute la France et même de 4° sur les massifs montagneux (Alpes et Massif Central) : finis les sports d'hiver dans les Alpes si ce n'est totalement artificialisés avec des canons à neige généralisés à l'ensemble du massif. Des températures maximales estivales supérieures de 5° d'ici la fin du siècle sur la majeure partie du territoire. Ces phénomènes toucheront d'abord le sud-est de la France pour s'étendre progressivement vers le nord-ouest. On imagine sans peine les conséquences de ce réchauffement climatique. Le problème corse devrait être résolu puisque l'Ile de beauté se transformera en désert avec une grande partie de l'intérieur interdite pour cause de feux de forêt (c'est déjà le cas de certaines parties de l'Ile en juillet 2005). Le sud de la France connaîtra également des incendies de forêt de plus en plus fréquents. On ne pourra sans cesse se contenter de stigmatiser les incendiaires comme bouc-émissaires de ces incendies (on peut faire confiance en Sarkozy dans ce rôle). Toutes choses étant égales par ailleurs, ce sont les pics de pollution à l'ozone qui deviendront récurrents. C'est aussi la vocation agricole de la France, grenier de l'Europe qui risque d'être menacée.

P.K.

Retour sur un été 2005 peu ordinaire

Sécheresses

La sécheresse est préoccupante sur la moitié du territoire français (60 départements), ce qui a amené 52 départements à imposer des restrictions pour l'usage de l'eau. Certaines régions connaissent même une sécheresse pire qu'en 1976. Le débit de la Garonne, avec 50 m3/s est encore inférieur à celui de 2003, année de la canicule, ce qui menace l'approvisionnement en eau potable de certaines communes. L'Aveyron connaît une invasion de criquets favorisée par la sécheresse persistante, phénomène que l'on croyait réservé jusque là aux pays d'Afrique.
L'Espagne et le Portugal connaissent une sécheresse extrême depuis l'automne 2004 qui touche l'ensemble du territoire portugais et qu'on n'avait pas connue depuis la fin des années 1940. Le Portugal a perdu 20% de son patrimoine forestier dans des incendies au cours des cinq dernières années. Dans la région de Guadalajara, un incendie a ravagé 120 km² et coûté la vie à 11 pompiers le 17 juillet 2005.
Aux Etats-Unis, les records de chaleur s'accompagnent tout comme en France de records de consommations d'électricité. Avec la banalisation de la climatisation et des vagues de chaleur toujours plus intenses, les records de consommation d'électricité ne sont plus le privilège des hivers rigoureux.
Dégâts économiques et écologiques au Nord. Dégâts humains au Sud. En Afrique sahélienne, la conjonction de la sécheresse en octobre 2004 et d'une invasion de criquets sont deux des facteurs responsables de la famine au Niger qui touche 3,6 millions de personnes dans ce pays, famine qui devrait toucher également le Burkina Faso, le Mali et la Mauritanie.

Inondations

La Région Nord-Pas de Calais a connu dans la nuit du 3 au 4 juillet 2005, des pluies orageuses qui constituaient jusque là l'apanage du Sud de la France. Ces précipitations "centennales" ont atteint jusqu'à 120 mm et ont provoqué d'importants dégâts matériels qui devraient amener 150 communes de la région à demander un classement en état de catastrophe naturelle. Cet épisode orageux a mobilisé à juste titre la presse locale (La Voix du Nord y consacrant le lendemain 4 pages). On en oublierait presque les épisodes extrêmes touchant d'autres pays plus lointains qui ne font l'objet que d'une courte dépêche AFP.
Au même moment, des pluies diluviennes touchaient l'Etat du Gujarat en Inde, provoquant 135 morts. Fin juillet, toujours en Inde, c'est l'Etat du Maharashtra dont la capitale est Bombay, qui connaît des pluies diluviennes (940 mm en moins de 24h, 8 fois plus que dans le Nord, un record depuis la création en 1846 de relevés météorologiques, le précédent record de 1910 de 840 mm étant pulvérisé). D'ores et déjà, le bilan est évalué à plus de 1000 morts dans l'Etat.

P.K.

Quelques chiffres

Du pain et des jeux

600 millions d'euros : c'est le montant annuel du contrat signé par Canal Plus le 22 juillet 2005 pour avoir l'exclusivité de la retransmission des matchs de ligue 1 de football. Ce montant est le double du budget nécessaire à une politique cyclable digne de ce nom pour la France Entière (5 € par an et par habitant)

Voies vertes

4500 km : c'est la longueur totale des véloroutes et voies vertes en France estimée par l'AF3V (Association Française des véloroutes et voies vertes).
Fin 1998, le CIADT (Comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire) adoptait le Schéma de création d'un réseau national d'itinéraires cyclables de 9000 km de long. 7 ans plus tard, la moitié seulement de ce projet est réalisée. Depuis 1998, 1451 km d'autoroutes ont été créées (en comptant les réalisations de 2005). Avec à peine peu plus de 5% du budget consacré aux autoroutes, le Réseau National de véloroutes et voies vertes aurait pu être terminé.