Canal de Roubaix

Reportage photo effectué le samedi 20 octobre 20007 par Pierre KOKOSZYNSKI

Un petit rayon de soleil un peu froid ? Alors pourquoi ne pas envisager une balade le long du canal de Roubaix en partant de la gare de Lille Flandres et en empruntant un vélo à Ch'ti Vélo, 10, Avenue Willy Brandt ?

Rue des Canonniers

Presque en face de vous et perpendiculairement à l'Avenue Le Corbusier (Euralille pour les "posts"), un boulevard du vélo s'ouvre à vous, un couloir bus+vélos.
Tournez à droite dans la rue des Urbanistes qui vous mène gentiment sur la piste cyclable qui longe l'Avenue de la République (ex RN 350).
Imperceptiblement, vous arrivez à Marcq en Baroeul et à la Place Lisfranc, un noeud du tramway.
Attention, il vous faut tourner à droite.

Ne manquez pas de jeter un coup d'oeil sur le chêne rouvre du temps où les commémorations patriotiques remplaçaient la journée de l'arbre : on apprend que ce chêne qui prend des allures flamboyantes en automne, a été planté en 1964 (43 ans déjà !) lors de la commémoration de la libération de la ville de Marcq en Baroeul le 03/09/1944.

Marcq en Baroeul, Avenue de Flandre

Ne vous fiez pas à cette image idyllique. L'enrobé est ici défoncé par les racines des arbres et s'avère mortel la nuit.

Quelle que soit la distance parcourue (Lille-Wasquehal ou Lille-Roubaix), vous aurez remarqué au passage que la myriade de feux passe systématiquement au rouge rien que pour vous embêter et ce, d'autant plus que vous êtes déjà passé au rouge.
Après avoir traversé les ponts autoroutiers qui séparent Marcq de Wasquehal, vous arrivez à un oligopole de trois restaurants (aucune concurrence entre ces trois restaurants) dont La Torre Ristorante peinte en rose.
Il vous faut alors tourner à gauche dans la rue de Lille.
Vous avez alors le choix entre rouler sur la chaussée et rouler sur une piste cyclable mal entretenue. Le choix est presque immédiat.
Au bout de la rue de Lille, vous tournez à nouveau à gauche dans la rue de Marcq en Baroeul.

Le réflexe du pro consiste à tourner à droite après la fin du cimetière. Ceci évite en effet de descendre de vélo dans la rue de la Passerelle (toujours sur la droite) avec un passage particulièrement handicapant. Au passage, j'ai aperçu une jeune femme genre casse-cou (plutôt l'enfant en fait) descendre avec la poussette de ce raidillon : une version gore et crade du Cuirassé Potemkine.

Canal de Roubaix

Vous voilà enfin au canal de Roubaix : tout y est presque idyllique et bucolique (cri des oiseaux et .... des enfants venus s'entraîner au kayak) si ce n'est, du moins vous semble-t-il, un revêtement en sable de marquise pénalisant lors des jours de pluie. Vous vous surprenez presque à ne pas avoir vu de brochure publicitaire sur cet itinéraire "vert" ou gris selon les jours de pluie. Mais si, mais si, une brochure existe sur cette réalisation.

 

Vous voilà face à un grand dénivelé. Vous pouvez éventuellement frimer en montant cette côte à vélo mais il vous faudra cependant déchanter.
Une course d'obstacles sous forme de bordures de trottoirs innombrables (voir photo ci-desous) vous attend pour traverser cette avenue (avenue du Grand Cottignies). Il vous faudra donc toute la fougue et l'inconscience du springboks (pardon du cyclosportif) pour traverser sans dommage cette avenue.

 

Vous voilà enfin du côté nord à l'écluse de Cottigny : le panneau nous apprend que nous sommes à 9 km du canal de la Deûle. De fait, vous noterez, qu'à aucun moment, un jalonnement n'a été créé !

 

Si vous voulez être cuistre, parlez d'écluses au gabarit Freycinet du nom de l'ingénieur Charles de Freycinet, qui édicta la norme en 1879 : 39 mètres de longx5,2 mètres de large. Ces écluses pouvaient accueillir des péniches de 300 à 350 tonnes.
A titre indicatif, les canaux à grand gabarit peuvent accueillir des convois poussés de 2 barges d'une capacité totale de 4 400 tonnes (au moins 12 fois plus !) de 185 mètres x 11,4 mètres.
Pas de nostalgie possible non plus pour les roues que l'on tourne pour ouvrir les écluses. Ce n'est que de la frime : les écluses ont été munies de verrins hydrauliques. La question du choix des verrins hydrauliques aurait cependant pu être posée étant donné l'usage réduit de ce type d'équipement.
Toujours pour les amoureux des chiffres, nous apprenons que, pour l'écluse de Rouby-Cognac (hips !), le panneau nord a une masse de 3,2 tonnes tandis que le panneau sud a une masse de 4,6 tonnes.

 

Ultime éclat, dernier chant du cygne avant lespremiers frimas de l'hiver. Le semis de fleurs rustiques est l'une des bonnes idées trop rarement répandues de l'aménagement de ce canal. On remarquera que, dès le premier rayon de soleil, ces fleurs effectuent la danse des 7 voiles auprès des bourdons gourmands.

Détrompez vous, vous êtes en plein coeur de Lille : le canal de Roubaix longe la voie Rapide Urbaine Lille-Roubaix-Tourcoing et se charge de vous l'annoncer avec son bruit assourdissant et sa pollution atmosphérique plus sournoise mais tout aussi efficace.
La mobilisation des riverains a d'ailleurs réussi à faire avorter en 1989 le projet monstrueux de construction d'une voie rapide urbaine dans le lit du canal.
Une bifurcation vers la droite en direction de Roubaix propose une alternative. Soit vous l'empruntez, soit vous continuez tout droit en direction de Tourcoing.

Face à vous, un viaduc. Vous êtes sur le dernier km du canal de Tourcoing.

Il vous restera une passerelle à traverser constituée de marches d'escalier et d'une goulotte étroite (là aussi pas facile pour une personne à mobilité réduite !). Quand au côté ouest, c'est encore pire car il s'agit à nouveau d'une vague butte de terre à franchir ou à descendre.
Vous devrez ensuite traverser la rue du Halot munie d'un feu rouge pour emprunter sur quelques mètres le quai de Marseille avant de rejoindre le chemin de halage.

Vous voilà au terme de votre voyage devant le pont hydraulique réhabilité en 1996.

Un petit coup de barre, les enfants fatigués ? Le tramway est prêt à vous amener à Tourcoing avec vos vélos mais attention, pas plus de 2 vélos par rame !

En guise de conclusion

Le projet de réhabilitation du canal de Roubaix s'inscrit en fait dans un projet plus ambitieux de liaison entre le canal de la Deûle et le canal de l'Escaut, le projet . Ce projet vise la réhabilitation de 28 km de canaux : le canal de la Marque ou Marque Urbaine qui se jette dans la Deûle, le canal de Roubaix et le canal de l'Espierre qui se jette dans l'Escaut.
Non sans emphase, Blue Links annonce le tronçon manquant entre l'Irlande et l'Ukraine (entre Dublin et Kiev).
Il s'agit, une fois de plus de favoriser le tourisme fluvial. Les collectivités locales se sont regroupées au sein du PADDE (Projet d'Aménagement de la Deûle à l'Escaut). Le PADDE lorgne bien évidemment sur un ambitieux projet immobilier : "(11) communes [..] espèrent attirer des acitvités tertiaires et de tourisme". Grossièrement dit, il s'agit d'un habitat chic dans un endroit classieux. Il reste à espérer que, dans le cadre de la reconquête des centres villes, la réhabilitation des immeubles ne verra pas l'expulsion de leurs anciens habitants, faute de revenus suffisants et qu'une certaine mixité sociale subsistera.
On ne peut que féliciter les communes du PADDE qui ont su obtenir de la Commission Européenne, un financement de 50% du montant total des travaux qui s'élèvent à 37 millions d'euros et qui devaient être achevés en 2005-2008.
On regrette cependant que les objectifs du projet n'évoquent à aucun moment la création d'une voie verte.
On peut ainsi lire que ce projet

Et, effectivement, à la fin du projet, on ne voit

Tout projet ne doit-il pas impliquer les habitants ?

Or, bien que le site de la ville de Wasquehal présente le résultat des travaux comme "impressionnant" en y ajoutant une longue liste d'aménagements ("éclairage, bancs publics, pontons pour les mordus de pêche à la ligne"), celui-ci est effectivement consternant par l'absence de monde même par un samedi après-midi du mois d'Octobre ensoleillé : on n'y rencontre guère qu'un jogger égaré et essoufflé. Mais, peut-être n'avons nous pas visité le même chemin de halage car il a fallu nous asseoir sur un rebord d'écluse pour fumer une cigarette !

La région Nord-Pas de Calais lanterne rouge des voies vertes ?

Une fois de plus, LMCU (Lille Métropole Communauté Urbaine) a raté l'occasion de créer une véritable voie verte populaire alors que la configuration idéale s'y prêtait (ville dense de 1800 habitants/km²) mais peut-être, selon les mauvaises langues, les collectivités locales ne le souhaitaient-elles pas ? A titre d'exemple, Paris restera toujours Paris et la voie sur berges connaît un succès populaire indéniable. De même, la ville de Lyon a aménagé les berges du Rhône avec un succès immédiat et foudroyant au point que la cohabitation piétons-cyclistes semble problématique même si elle reste sympathique. Il n'est pas sûr qu'un revêtement en sable de marquise stabilisé ait connu un tel succès.
De plus, étant donné la configuration de la métropole, un cheminement réservé aux modes doux et aux vélos s'avérait indispensable. Or, même si ce parcours s'avère sympathique, toute personne sensée n'envisagera aucunement d'emprunter ce chemin de halage étant donné le rapport coûts (en termes de temps, d'inconfort, de coupures urbaines) / avantages (sécurité liée à un site propre). Mais il y a fort à parier qu'il faudra des décennies pour, à nouveau concevoir une correction du projet qui ne se monterait qu'à 20% du projet au maximum (7 millions d'euros en incluant une piste cyclabe d'un coût de 100 000 €/km et quelques passerelles ou souterrains indispensables).

LMCU ne prêterait-il qu'aux riches ?

On ne peut qu'être étonné par cette fascination envers les propriétaires de bateaux évoquant le yacht du pauvre et aux formes épanouies et rebondies (euphémisme !). Croit-on naïvement que ces personnes repues aux frigos pleins à craquer enrichiront de leur modeste obole les restaurateurs ? Ou devrait-on plutôt parier sur un tourisme de masse qui, malgré la modestie de ses moyens, ferait vivre et sourire, grâce à sa prodigalité, les guinguettes en tous genres ? Tel est le pari que n'ont pas osé faire les collectivités tant elles ont intériorisé leur complexe de région miséreuse et maudite. Mais, ne nous méprenons pas, le cyclotourisme est aussi un tourisme élitiste pour peu que le jeu en vaille la chandelle.

P.K.

Compléments d'information

Un aperçu historique un peu plus approfondi vous est proposé sur le site de l'assocation lilloise, l'ADaV (Association Droit au Vélo) dans le cadre de ses balades dominicales quasi hebdomadaires. Si vous souhaitez mieux connaître votre région à vélo, n'hésitez pas à consulter régulièrement le site de cette association.